L'interview de Laurence Rossignol

March 7, 2017

 

 

Madame la Ministre, quelle est la place de l'Egalité professionnelle dans le grand ministère qui est le vôtre, celui des Familles, de l'Enfance, et des Droits des Femmes?

 

J’inscris mon action dans la continuité de celles et ceux qui n’ont cessé d’œuvrer pour que les femmes soient les égales des hommes, non seulement en droit mais également dans les faits. Et que de chemin parcouru ! Il y a 50 ans, seulement, la société reconnaissait aux femmes le droit de travailler et d’ouvrir un compte sans l’autorisation de leur mari.

Aujourd’hui, nous disposons d’un socle législatif solide pour assurer l’égalité professionnelle. Mon action vise bien évidemment à faire respecter ces obligations législatives, mais également à développer tous les outils d’accompagnement nécessaires pour lever les obstacles qui continuent à se poser sur le parcours des femmes. Absence de mixité des filières, écarts de rémunération, moindre accès aux postes à responsabilités, difficultés d’articulation entre vie familiale et vie professionnelle, violences sexistes… Il y a encore fort à faire !

Comme vous le soulignez, le portefeuille dont j’ai la charge dépasse le seul champ des droits des femmes. C’est une force, car je conçois la politique familiale comme un formidable levier pour favoriser l’insertion professionnelle et la carrière des femmes. Développer des modes de garde de qualité et adaptés aux besoins des parents et des enfants, inciter à un égal partage des congés parentaux, soutenir les familles monoparentales, … Voilà autant d’actions qui bénéficient tant aux familles, aux enfants qu’aux femmes !

 

Votre Ministère publie, chaque année, les données spécifiques de l'égalité entre les femmes et les hommes. Un récent sondage (CSA, Mars 2015) montre que le monde du travail semble être le principal lieu où se cristallise le sentiment d'inégalités, avant même les sphères sociales et familiales. Quels sont les moyens permettant de pallier à ces inégalités persistantes?

 

L’environnement professionnel est un lieu que les femmes identifient comme particulièrement propice à l’expression du sexisme. Mais, ce n’est pas qu’un sentiment ! En septembre dernier, France Stratégie a publié un rapport sur le coût économique des discriminations qui montre qu’être une femme reste le premier facteur de discriminations sur le marché du travail. En excluant les femmes de l’emploi et des postes élevés, non seulement nous contrevenons au principe d’égalité, mais en plus, nous privons la société de formidables talents.

Le Gouvernement mène une action déterminée pour attaquer ces inégalités sur tous les fronts. C’est pourquoi j’ai lancé, le 4 octobre dernier, le premier plan interministériel en faveur de l’égalité professionnelle. Ce plan rassemble toutes les mesures qui participent à faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes dans le milieu professionnel, qu’elles touchent à la lutte contre les stéréotypes, à l’accompagnement du dialogue social et la mise en œuvre de la loi, à l’insertion professionnelle ou encore à la lutte contre les discriminations et les violences.

Ainsi, nous ancrons durablement cette politique dans le paysage institutionnel et surtout nous permettons à chacune et chacun de s’approprier tous les dispositifs qui existent aujourd’hui.

 

Vous assurez la présidence du CSEP - le Conseil Supérieur à l'Egalité Professionnelle - dont une des missions est de rendre un avis sur les projets de lois et décrets relatifs à l'Egalité professionnelle. Quelle a été votre implication dans la loi Rebsamen sur le dialogue social, et vos recommandations concernant l'intégration du RSC - Rapport de Situation Comparée -  dans la BDES - Base de Données Economique et Sociales - des entreprises pour leur permettre de répondre à leurs obligations légales?

 

Je n’étais pas chargée des droits des femmes à ce moment mais j’avais relayé auprès de François Rebsamen et l’inquiétude et l’incompréhension des féministes et des syndicalistes.

 

Quel bilan tirez-vous des actions et projets menés dans le cadre du label "Territoires d'excellence pour l'Egalité professionnelle"? Ce partenariat entre l'Etat et les Régions sera-t-il reconduit en 2017?

 

Le dispositif des Territoires d’excellence, mis en place en 2012 suite à la grande conférence sociale, a permis de créer une véritable dynamique territoriale en matière d’égalité professionnelle, en associant à la fois l’Etat, les régions ainsi que les partenaires sociaux. Le bilan réalisé l’année dernière a été particulièrement encourageant, ce qui a motivé la décision de le généraliser en 2016 à l’ensemble des territoires.

Dans le cadre du plan interministériel en faveur de l’égalité professionnelle, nous continuerons à nourrir cette dynamique territoriale. Ce plan prévoit d’activer les crédits du fonds social européen pour financer des projets qui participent à l’insertion professionnelle des femmes, à la mixité professionnelle, à accompagner les actrices et acteurs du dialogue social pour augmenter le nombre d’accords dédiés à l’égalité professionnelle et inscrire l’articulation des temps de vie dans ces derniers.

 

Le jeudi 8 septembre dernier, vous avez lancé un grand plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme. En quoi consiste-t-il?  Comment agir contre les différents types de sexismes existants en entreprise - "sexisme ordinaire" ; "sexisme bienveillant" - notamment auprès des structures les plus en marge de l'action gouvernementale (TPE/PME) et des secteurs les plus masculinisés?

 

A la genèse de ce plan, se trouve un constat. Pourquoi malgré un bloc législatif robuste et l’engagement déterminé de ce Gouvernement, on se trouve actuellement sur un « plateau » ? Quel est ce matériau ultra résistant qui constitue ce plafond de verre qui empêche les femmes d’avancer? C’est le sexisme. Ce sont toutes ces croyances, ces propos, ces comportements qui stigmatisent, délégitiment, infériorisent les femmes. Leur ancestralité les a bien souvent rendus banales voire invisibles aux yeux de la société. Le sexisme est le plafond de verre le plus difficile à briser.

 

J’ai donc souhaité lancer, aux côtés d’associations, d’entreprises et de personnalités, une grande mobilisation de la société. Du 8 septembre au 8 mars, nous allons faire du « bruit », des rencontres, des propositions pour rendre visible le sexisme partout où il se manifeste et sous toutes formes, des remarques qui paraissent anodines aux violences les plus graves.

 

Selon le Conseil supérieur à l’égalité professionnelle, 80% des femmes cadres salariées considèrent que, dans le monde du travail, elles sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes.

 

C’est pourquoi j’ai demandé au CSEP de mettre au point un « kit » d’outils à destination des employeur.e.s pour qu’ils soient en mesure de construire un environnement de travail non-sexiste. Ceux-ci seront présentés le 24 novembre prochain.

 

Et bien sûr, j’invite les collectifs de travail à se doter de badges « Sexisme pas notre genre ! » pour mettre en lumière ce sujet au sein de leur structure et rappeler à quel point ce type d’agissement est intolérable.

 

Quels conseils donneriez-vous aux femmes, qui en 2017 souhaitent intégrer durablement le marché du travail, et faire évoluer leur carrière tout en conciliant vie professionnelle et familiale?

 

D’abord, ce que je souhaite leur dire, c’est qu’elles ne sont pas seules ! La conciliation entre vie familiale et vie professionnelle est un sujet qui pèse essentiellement sur les femmes. Or, c’est une question qui doit aussi être posée aux hommes, par leurs employeur.se.s, par leurs proches, par leur famille.

 

Même si une large majorité d’hommes estiment que ce n’est pas une situation acceptable, 72% du « cœur » des tâches domestiques continue d’être réalisé par les femmes, après une naissance, un homme sur neuf réduit ou cesse temporairement son activité contre une femme sur deux. Or, toutes ces inégalités qui se nouent dans la sphère familiale envahissent la carrière professionnelle des femmes, leur liberté de choix, leur épanouissement.

 

C’est pourquoi le Gouvernement a réformé le congé parental pour inciter les hommes à le prendre également et soutient, plus globalement, les familles, en développant et en diversifiant les modes de garde. J’ai également tenu à apporter un soutien spécifique aux familles monoparentales qui sont à 85% portées par des femmes, en développant le réseau « Parents solo & cie » avec huit grandes associations nationales. Ces dernières mettent en place un soutien adapté pour leur permettre de souffler.

 

 

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